Rosita DE SELVA
De la croisée des chemins au seuil de la maison. Les Patua « de village », peintres, montreurs d'images et colporteurs au Bengale (Inde)
Résumé de la thèse de doctorat
Au Bengale, parmi les Patua ou Citrakar, « peintres », se trouvent des montreurs de peinture qui, parcourant les villages, appellent au seuil des maisons pour réciter leur rouleau peint en échange d'une aumône. La dimension religieuse de l'activité joue un rôle fondamental dans le statut de ces groupes, fluctuant entre hindouisme et islam, artisans, basses castes, mendiants religieux et prêtres funéraires. Je montre ici que le caractère liminaire du montreur d'images se retrouve dans d'autres traits du groupe, et il n'est pas sûr que les changements suscités par la redécouverte de cet art vigoureux et libre représentent une évolution. Par rapport à la conception rigide du système des castes, le cas patua révèle néanmoins un système bien plus ouvert qu'on ne le pense à la circulation des hommes et des savoir-faire, où fluidité et mixité sont un donné fondamental.
Une patiente étude de terrain scrute deux implantations patua à Medinipore, leur fondation et leurs transformations entre 1890 et nos jours, à trois niveaux : relations avec les « dominants », organisation de la parenté, activités économiques. L'on voit que le groupe se construit dans une tension entre l'itinérance, masculine, récurrente et valorisée, et le désir d'installation, projeté sur la lignée patrilinéaire et patrilocale. Le groupe localisé et la caste se perpétuent par le biais du mariage préférentiel avec la cousine croisée matrilatérale et le système du « gendre à la maison », dominés par la relation frère-sur et les figures « extérieures » de la sur aînée et de l'oncle maternel, incluant des extérieurs à la caste. Les activités (colportage, petit commerce, artisanat, guérisseur...) s'organisent aussi entre lieux de sédentarité et lieux de déplacements, entre proche et lointain, comme le montreur d'images. Sur les chemins, rompu aux rencontres et changements d'identité, il éveille une crainte religieuse dans la maison du dévot. Rappelant que le don est source de mérites et l'avarice de calamités, il se pose en médiateur capable d'emporter les péchés censés avoir provoqué la maladie. Dépassant les clivages, il rappelle, avec ses images, que l'homme doit passer un seuil ultime. Portant le poids de ce rôle, il engage à poser la question du statut de l'image en Inde, peu traitée alors qu'elle y prolifère, par rapport à la problématique de la délivrance.
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