Jacques Le Rider, L'Allemagne au temps du réalisme. De l'espoir au désenchantement, Paris, Albin Michel, 2008, 488 p.
• Compte rendu de Nicolas Weill dans "Le Monde des livres", le 19 avril 2008, p. 7
Extraits :
« Le principal intérêt de ce nouveau livre de l'auteur de "Modernité viennoise et crises de l'identité" tient avant tout à l'élaboration complexe et nouvelle qu'il apporte à l'expression de "réalisme". Car le réalisme est ici conçu non comme un simple concept esthétique, mais comme le mouvement général de la société allemande. Tout en demeurant celui de l'ascension des classes bourgeoises et d'une certaine croyance au progrès, il s'accompagne d'une dose grandissante de désillusion. » [...]
« Dans un premier temps, cet esprit, qui correspond à la realpolitik de Bismarck, cherche à ajuster l'enthousiasme libéral à une meilleure connaissance scientifique et historique. D'où l'importance de la philologie et de la critique du langage dont se réclamera encore celui qui clôt cette histoire à la veille de la modernité : Nietzsche. »
• Compte rendu de Jean-Maurice de Montrémy dans "Livres hebdo", le 25 février 2008 : fichier pdf
• Compte rendu de Laurent Margantin dans "la Quinzaine littéraire", 16-29 février 2008. Voir la Revue des Ressources.org
• Compte rendu de Jérôme Pascal dans la revue "Documents. Revue du dialogue franco-allemand", 2008, n° 4
Extraits :
« L'Allemagne que présente l'auteur est celle qui va de 1848 à celle de 1890, une interprétation de l'histoire culturelle à la lumière de la notion de réalisme. Cette notion, essentielle en politique et en philosophie, dans les arts et la littérature, dans l'enseignement et la vie intellectuelle, a marqué les profondes réformes de la société entre l'échec de la révolution de 1848 et le départ de Bismarck de la chancellerie quarante deux ans plus tard, avec entre les deux l'accès à l'unité du pays en 1871. La modernisation sociale et culturelle est interprétée par l'avant-garde intellectuelle comme la trahison d'un idéal forgé au temps de Goethe et de Humboldt. » [...]
« Chaque chapitre devient un portrait du réalisme, introduction aux mouvements qui apparaîtront dans les années 90, le naturalisme, le symbolisme et le style Belle époque, plus connu sous le nom de Jugendstil. Celui consacré à la réalité sociale et au roman réaliste permet à l'auteur de présenter plusieurs auteurs souvent méconnus (ou mal connus) en France comme Gustav Freytag ("un libéral réaliste"), Friedrich Spielhagen ("la norme bourgeoise"), Theodor Fontane ("le réalisme bien trempé") ou Wilhelm Raabe ("l'humour de la désillusion"). L'ouvrage s'achève sur des noms plus connus, de Richard Wagner ("entre réalisme et symbolisme") à Max Weber ("critique du réalisme politique") sans oublier Friedrich Nietzsche, qualifié de "chantre du pessimisme de la force" et de "national-libéral désillusionné". Des termes qui permettent à Jacques Le Rider dans son épilogue de présenter les analogies entre ce réalisme du 19e siècle et la nouvelle objectivité de 1925 à 1932, deux réalismes qui "récusent l'idéalisme et le romantisme de la période précédente". »
• Compte rendu de Florence Rougerie dans HISTARA, mis en ligne le 20 octobre 2008, http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=456
• Compte rendu de Michel Guérin dans "La Pensée de midi" (Éditions Actes Sud), vol. 26, novembre 2008, p. 171-173.
Extraits :
« Spécialiste de l’histoire culturelle allemande et autrichienne, Jacques Le Rider retrace dans une synthèse claire, érudite et passionnante, le climat politique, intellectuel et artistique de l’Allemagne entre l’échec de la révolution de 1848 et le départ de Bismarck, le chancelier de fer qui a réalisé par le haut et autour de la Prusse l’unité allemande. L’air du temps est au réalisme, ce qui s’entend aussi bien en matière d’art ou de littérature que sur le plan des idées, philosophiques et politiques. […]
Le krach de 1873 (l’Allemagne avait vécu au-dessus de ses moyens grâce aux réparations versées par la France), la rupture de Bismarck avec les libéraux et son durcissement de Junker autoritaire anti-socialiste, expliquent la déception croissante des libéraux conservateurs qui voient ainsi leur « réalisme national-libéral » mis à mal par la Realpolitik de Bismarck. […]
Apparaît alors un autre réalisme, plus pessimiste et plus resserré sur la sphère privée. Dans un premier temps (et un premier sens), le réalisme caractérise une Bildung, une conception de l’homme et de la société qui n’a pas renoncé au libéralisme politique, mais considère que les principes doivent pour ainsi dire être « négociés » avec la réalité. Réalisme veut dire sens du possible et, du coup, disposition à tempérer les idées et à s’accommoder de compromis. Les classes moyennes allemandes balancent entre l’idéalisme (inculqué par l’enseignement des gymnases et la lecture des classiques, Goethe et Schiller) et le réalisme dicté par le cours du monde et la nécessité de s’adapter à un monde qui a quitté l’âge artisanal et a définitivement rompu avec l’idylle. […]
Alors que se consolident, du moins en apparence, les bases du Reich allemand, les classes moyennes et cultivées, qui, après 1848, s’étaient montrées prêtes à pactiser avec le pouvoir, inclinent au désenchantement et s’adonnent aux amères délices du pessimisme. Le Rider fait clairement apparaître, tant dans les essais historiques ou idéologiques que dans certains personnages des romans, allégoriques et caricaturaux, combien l’antisémitisme « travaille » la société allemande de cette deuxième moitié du vingtième siècle. […]
L’analyse des représentations et des sentiments qui forment comme la toile de fond de cette période, le rappel sans didactisme pesant des événements et des dates-clefs, la description condensée et vivante des œuvres […], la mise en parallèle comparatif avec d’autres scènes européennes, notamment la française, ce sont quelques-unes des vertus d’un ouvrage qui instruit le lecteur en lui procurant le plaisir d’une langue claire au service d’un portrait culturel de l’Allemagne réaliste saisissant de vérité. On recommande tout particulièrement, au-delà du réalisme, les chapitres de la fin du livre consacrés à Richard Wagner, Friedrich Nietzsche et Max Weber. »
• Compte rendu de Michel Loetscher dans "Les Affiches-Moniteur" du 10 octobre 2008 intitulé "Realpolitik".
Extraits :
« Une histoire culturelle de l'Allemagne, depuis l'espoir né avec les mouvements révolutionnaires de 1848 (et aussitôt déçu), jusqu'au désenchantement qui coïncide avec le départ de Bismarck. [...]
Une contribution indispensable à la connaissance du monde allemand. »
• Compte rendu de Danièle Cohn dans "Critique", juin-juillet 2009, n°745-746 ("L'Europe romantique"), p. 473-475.