Malwida von Meysenbug (1816-1903). Une Européenne du XIXe siècle

Paris, Editions Bartillat, septembre 2005, 610 p.
ISBN : 2-84100-362-4
25 EUR

Jacques Le Rider

 

Prix Gabriel Monod (médaille) de l'Académie des Sciences morales et politiques

 

Neuvième enfant du ministre de Hesse Carl Rivalier von Meysenbug, descendant de Huguenots établis à Kassel, Malwida von Meysenbug (1816-1903) s'était détachée de la culture politique conservatrice de son milieu familial au contact des cercles démocrates. En mars 1848, elle fut le témoin enthousiaste des débats du Parlement préliminaire de Francfort. En 1850, elle rejoignit l'Université des femmes de Hambourg, une des expériences les plus audacieuses du mouvement féministe. Contrainte à l'exil, elle s'enfuit à Londres en 1852 : accueillie par ses amis Gottfried et Johanna Kinkel, elle fit la connaissance en Angleterre d'Alexandre Herzen, le fameux écrivain révolutionnaire russe, devint la préceptrice de ses filles et, plus tard, la mère adoptive d'Olga Herzen. Elle rencontra tout le Gotha de l'exil politique européen à Londres : de Louis Blanc à Giuseppe Mazzini. C'est à Londres, en 1855, qu'elle croisa la route de Richard Wagner dont elle devint l'amie intime : désormais, Malwida von Meysenbug fut au premier rang de tous les événements de la chronique wagnerienne, de la première à scandale de Tannhäuser, à Paris, aux premiers Festivals de Bayreuth. Établie en Italie, à Florence puis à Rome, à partir de 1863, elle fut étroitement liée à Friedrich Nietzsche à partir de 1872. C’est elle qui organisa le fameux « cloître pour esprits libres » de Sorrente, réunissant Nietzsche, Paul Rée et Albert Brenner. C’est elle encore qui, à Rome, fut à l'origine de la rencontre de Lou von Salomé avec Rée et avec Nietzsche. En 1873, l'historien français Gabriel Monod avait épousé Olga Herzen dont Malwida von Meysenbug était depuis une décennie la mère adoptive. À partir de cette date, Malwida entretint des contacts réguliers avec le milieu parisien des Monod. Fin 1889, elle accueillit à Rome le jeune Romain Rolland. Ce dernier a rendu dans ses mémoires un hommage vibrant à sa vieille amie romaine dont l'admiration, la confiance et les encouragements ont été déterminants durant ces années où il hésitait encore entre la carrière universitaire et sa vocation littéraire. L'abondante correspondance de Romain Rolland et de Malwida von Meysenbug, poursuivie jusqu’au printemps 1903, est une source passionnante de l'histoire littéraire de la fin du siècle. À partir de l’automne 1897, entraînée par Gabriel Monod, Malwida s’engagea résolument dans le camp des défenseurs d'Alfred Dreyfus.
Auteur d'une des plus belles autobiographies du XIXe siècle, romancière et essayiste, Malwida von Meysenbug fut une grande figure de l'histoire des femmes et une authentique Européenne. Nourrie de culture allemande, établie à Londres pendant une décennie dans le milieu cosmopolite des exilés politiques, puis installée à Florence et à Rome durant les trente dernières années, passant chaque année plusieurs mois à Paris et à Versailles, chez les Monod, à partir de 1875, Malwida von Meysenbug fut l'incarnation d'une identité culturelle véritablement supranationale dans un temps déchiré par les nationalismes.

Jacques Le Rider, germaniste et historien, est directeur d'études à l'École pratique des Hautes Études. Il a publié en 2000, aux Éditions Bartillat, les Écrits autobiographiques 1789-1815 : Annales, Campagne de France, Siège de Mayence, Rencontre avec Napoléon, 1808, de Goethe.

 

• Compte rendu dans LA QUINZAINE LITTÉRAIRE n° 907, 16-30 septembre 2005, p. 19-20, par Jean Lacoste "Malwida von Meysenbug, la grande Européenne".

Extrait :
"Le nom de Malwida von Meysenbug (1816-1903) est si intimement lié aux destins antagonistes et flamboyants de Nietzsche, de Lou et de Wagner que cette attachante figure de l'Allemagne post-romantique a fini par passer au second plan et par s'effacer des esprits. Pourtant, l'hôtesse de Florence, de Sorrente et de Rome, qui fut une ardente avocate de l'émancipation des femmes en Allemagne, mérite à bien des égards d'être arrachée à l'oubli qui l'entoure aujourd'hui chez nous. Jacques Le Rider, à qui l'on doit, entre autres, une étude de la réception de Nietzsche en France, s'emploie à cette tâche avec une indiscutable compétence, et retrace, dans une ample biographie particulièrement documentée, qui fera date, l'évolution intellectuelle et politique de cette grande Européenne du XIXe siècle, tout en corrigeant sur certains points l'image que cette dernière a donnée d'elle-même dans l'autobiographie publiée d'abord en français, à Genève, en 1869, puis en allemand, en 1876, sous le titre de Mémoires d'une idéaliste."
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• Compte rendu dans LIBERATION n° 7580, jeudi 22 septembre 2005, "Livres", p. X-XI, par Robert Maggiori "Ainsi parla la Malwida"

Extrait:
"Les Mémoires d'une idéaliste n'ont pas été réédités depuis 1908. L'image de Malwida von Meysenbug s'est donc quelque peu estompée. Jacques Le Rider vient d'en rehausser les couleurs en lui consacrant une imposante biographie, qui non seulement permet d'éclairer de biais la figure de ceux qui lui furent proches, Wagner et Herzen, Nietzsche et Romain Rolland, mais contribue à une histoire culturelle de l'Europe, dont Malwida, allemande de naissance, anglaise par adoption, française par alliance, italienne par choix, est une sorte de "condensé". [...] Les épisodes les plus connus de la vie de Malwida sont ceux où Nietzsche apparaît : la rencontre qu'elle provoque entre le philosophe et Lou Andreas-Salomé, le "cloître pour esprits libres" qu'elle organise à Sorrente, où se retrouvent Paul Rée, Albert Brenner et Nietzsche, et d'où sortira la première partie de Humain, trop humain. [...] Dans l'univers féminin de Nietzsche, l'étoile de Malwida brille assurément d'un éclat particulier."
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• Compte rendu dans LE FIGARO n° 19 051, jeudi 3 novembre 2005, "Le Figaro littéraire", p. 7, par Sébastien Fumaroli, "L'Europe au-dessus de tout"

Extrait:
"Il revient aujourd'hui à l'historien français Jacques Le Rider de ressusciter en Malwida une grande dame de la Vieille Europe, qui fut la confidente de Nietzsche et de Romain Rolland, l'amie fidèle de Richard Wagner et de Gabriel Monod — dont l'épouse, Olga Herzen, fut élevée par Malwida. [...] Friedrich Nietzsche et Romain Rolland, le philosophe allemand et l'écrivain français, furent les deux "fils adoptifs" de Malwida. Elle était pour eux l'auteur admiré des Mémoires d'une idéaliste, véritable best-seller de l'Europe romantique, qui connut dix éditions successives entre 1876 et 1906. Toute une génération d'intellectuels européens, que la montée en puissance de l'Allemagne impériale avait mis à l'épreuve, ont bu aux mamelles de cette mère "nourricière" et "protectrice", pleines des souvenirs rassurants de la "bonne Allemagne" de Goethe et de Beethoven. Epistolière infatigable, Malwida œuvra pour sauvegarder, par l'amitié et la littérature, l'unité d'une communauté d'esprit de l'Europe cultivée et éclairée, que la question allemande allait diviser. [...] En 1914, Romain Rolland publia son manifeste Au-dessus de la mêlée, pour ouvrir les yeux aux belligérants des deux camps et tenter de sauver l'Europe de l'auto-destruction. Son engagement pacifiste pendant la Première Guerre mondiale fut à bien des égards l'œuvre posthume de Malwida von Meysenbug."
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• Compte rendu dans LE MONDE, n° 18928, du vendredi 2 décembre 2005, "Le Monde des livres", p. 9, par Marc Fumaroli, "Malwida von Meysenbug, égérie de la culture européenne"

Extrait:
"Au bord de la toile, une gouvernante célibataire comme les aime Henry James, attentive, empathique, infatigable éducatrice, confidente universelle, romancière elle-même et corne d'abondance épistolaire : Malwida von Meysenbug. L'héroïne de la biographie composée par l'excellent germaniste Jacques Le Rider est une égérie assez secondaire, une Mme Swetchine de l'autre bord, mais elle a vécu assez longtemps (1816-1903) et avec assez d'entregent pour que le récit de sa vie, ponctué de longues et nombreuses citations, devienne un tableau de la galaxie sociale et morale de la Kultur européenne de gauche, et de sa métamorphose dans la seconde moitié du XIXe siècle. Au centre la toile s'impose peu à peu après 1848 un antipape, Richard Wagner, tandis que s'élève à Bayreuth la Sixtine de la religion esthétique allemande. Le noble idéalisme néopiétiste et socialiste s'était entre-temps fondu dans une version gnostique de la grand-messe romaine, l'"oeuvre d'art totale", initiatrice de l'éventuelle aristocratie de demain. (...) Ayant commencé comme terroriste en paroles, le boyard rouge Alexandre Herzen, exilé à Londres, coupa les ponts après 1848 avec le nihilisme russe, devenant un sympathique et bouillant Dourakine, sourcilleux sur le "dressage" de ses enfants et détesté pour sa nouvelle modération par les "démons" que décrira Dostoïevski. Il fut l'un des riches mécènes de Malwida, à qui il confia l'éducation de ses filles. De leur côté, désenchantées des révolutions politiques sans renoncer pour autant à "changer la vie", les "idéalistes" de l'aire germanique trouvaient dans Schopenhauer le philosophe pessimiste qu'il leur fallait et en Wagner le grand vicaire des sublimes (Nietzsche dira: "répugnantes") orgies qu'ils avaient manquées. Echo fidèle de cette double conversion, Malwida devint une dévote à vie de Bayreuth, sans jamais cesser d'être du parti de Louis Blanc et de Michelet, de Mazzini et de Garibaldi."
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• Compte rendu dans ETUDES, janvier 2006, p. 127-128, par Jean Duporté
Extrait:
" Cette biographie magistrale nous convie à une promenade culturelle à travers l'Europe du XIXe siècle sur les traces d'une intellectuelle humaniste dont nous découvrons l'œuvre et l'influence. Excellent spécialiste du monde germanique, l'auteur explore les motivations des engagements et la complexité des sentiments d'une idéaliste cosmopolite en prenant comme fil d'Ariane les textes autobiographiques qui ont révélé son talent."
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• Compte rendu dans DOCUMENTS, Revue des questions allemandes, 60e année, décembre 2005, p. 62-63, signé D.B.

Extrait:
"Superbe évocation de Malwida von Meysenbug qui a connu beaucoup de personnalités et en a beaucoup parlé ! Nietzsche bien sûr, mais aussi Alexandre Herzen -- dont elle élèvera deux filles -- Mazzini, ou Wagner. Féministe, intellectuelle, cosmopolite, de Francfort à Florence en passant par Londres et Paris, il fallait une grande érudition et du talent à l'auteur pour suivre un destin hors pair et nous le restituer avec élégance et clarté. C'est une belle tranche d'histoire européenne, avec des surprises, qui défile devant nous. Remarquable."
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• France Culture, « Les lundis de l'histoire », lundi 16 janvier 2006 : « A propos de Malwida von Meysenbug. Une européenne du XIXe siècle ». Une émission de Michelle Perrot. Invités : Marie-Claire Hoock-Demarle et Jacques Le Rider.

 

• "Conseil de lecture" publié dans DOCUMENTS, n° 2 / 2006, p. 75, signé Dominique Bourel:
Extrait:
"Superbe évocation de Malwida von Meysenbug qui a connu beaucoup de monde et en a beaucoup parlé! Nietzsche, bien sûr, mais aussi Alexandre Herzen, dont elle élévera deux filles -- Mazzini ou Wagner. Féministe, intellectuelle, cosmopolite, de Francfort à Florence en passant par Londres et Paris, l'auteur avait beaucoup d'érudition et de talent pour suivre un destin hors pair et nous le resituer avec élégance et clarté. C'est une belle tranche d'histoire européenne, avec des surprises qui défilent devant nous."

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• Compte rendu de Claudia Albert dans GERMANISTIK, vol. 47, 2006, fasc. 1-2, p. 336 (notice n° 2256)

 

• Emission consacrée à Malwida von Meysenbug sur Canal Académie, diffusée le 6 mai 2007, accessible en ligne : http://www.canalacademie.com/Une-europeenne-du-XIX-eme-siecle.html

 

• Compte rendu de Mareike König, dans la revue FRANCIA, 2008, n°3 :

http://www.perspectivia.net/content/publikationen/francia/francia-recensio/2008-3/ZG/05_Le-Rider_Koenig.doc